Discours du Rabbi de Loubavitch : La France, Tsarfat, le Nombre 770, et la Délivrance Finale

Résumé du Discours du Rabbi de Loubavitch sur la Paracha Vayechev (23 Kislev 5752 / 30 juin 1991).

La ‘Hassidout enseigne que, bien que la dispersion des Enfants d’Israël aux quatre coins du monde apparaisse superficiellement comme un sujet négatif, il s’agit en réalité d’un bienfait de Dieu. Les Sages ont dit à ce propos « Dieu a fait preuve de charité en dispersant les Enfants d’Israël parmi les nations » (Talmud Pessa’him 87b). En effet, en y étant établis de façon stable, les Juifs imprègnent leurs pays de résidence respectifs de la Torah et des Mitsvot, d’une manière qui dépend des modalités et des us propres à la nature de chaque endroit. Le Midrach stipule en effet « Lorsque tu te rends dans une cité, adoptes-en les usages » (Chemot Rabbah, 47, 5) (dans le respect des lois de la Torah). On retrouve cela dans la Halakha : «Un principe fondamental des règles du commerce veut que les affaires soient traitées dans la langue des habitants de l’endroit et d’après la coutume locale» (Maïmonide, lois relatives au commerce).
Ainsi la Torah confère-t-elle une importance particulière et une force juridique à la coutume locale non-juive.
Cela permet de comprendre l’importance du fait que des Juifs se soient établis en de si nombreux endroits : c’est précisément lorsque l’on est implanté dans un certain milieu et que l’on en maîtrise parfaitement les usages que l’on crée pleinement « une demeure pour Dieu dans les mondes inférieurs » (Midrach Tan’houma). Le fait que le Midrach utilise l’expression plurielle « les mondes inférieurs » pour désigner le monde matériel montre qu’il est important que ce travail soit réalisé dans chaque endroit, conformément à la coutume locale. En effet, chaque endroit étant caractérisé par une mentalité et une façon de vivre spécifiques, ce n’est qu’en y étant parfaitement intégré que l’on peut l’influencer de l’intérieur.

Les effets négatifs de la Révolution française.

Cette réalité s’exprime dans toute sa puissance dans le cadre du raffinement de la France. Nous voyons en effet que la France est singularisée dans la prophétie d’Ovadia qui traite de l’exil et de la Délivrance : « Et les exilés de cette légion d’Enfants d’Israël (le début de l’exil),… jusqu’àTsarfat (la France)… possèderont les villes du Sud.
Et des libérateurs monteront sur la montagne de Sion pour se faire les justiciers de la montagne d’Essav et la royauté appartiendra à l’Éternel. » (Ovadia 1, 20-21). Il ressort de cela qu’il existe un lien profond entre ce pays et la Délivrance messianique. La raison en est que la plénitude du raffinement du monde est atteinte par le raffinement et l’élévation de la France. L’explication à cela nous est fournie par le fait que, lors de la guerre qui opposa la Russie à la France, l’Admour Hazaken(le premier Rabbi de ‘Habad-Loubavitch) fut d’avis qu’il était préférable pour le peuple juif que le Tsar Alexandre de Russie l’emportât sur Napoléon. Il expliqua cela par le fait que, si Napoléon gagnait, la situation matérielle des Juifs serait certes allégée, mais un désastre aurait lieu sur le plan spirituel, car la France (sous le règne de Napoléon) s’était posée comme celle qui apportait l’esprit de liberté (que Dieu nous en préserve) vis-à-vis de tout ce qui concernait la religion et la foi en Dieu. C’est en effet une réalité historique notoire que la Révolution française de 5549-1789 fut également une révolution idéologique dont la portée fut telle qu’elle entraîna un changement radical dans le monde entier. Elle fut l’un des évènements majeurs qui ont constitué les fondements de la conduite du« monde moderne » et de la « culture », jusqu’à nos jours : Jusqu’à la Révolution, le gouvernement de la France (et de la plupart des pays) était l’affaire d’un roi et d’une reine qui dirigeaient le pays comme bon ils l’entendaient. La Révolution fut basée sur l’idée que les gens sont libres de se comporter comme ils le souhaitent et ainsi le roi et la reine furent chassés du pouvoir pour soustraire le pays à leur dictature, le gouvernement passant entre les mains des représentants du peuple. Il ressort de cela combien il est remarquable que ce pays qui au temps de l’Admour Hazakène était tellement loin de la sainteté soit devenu, au cours de notre génération, le théâtre d’un éveil spirituel si important et que des institutions de Torah y ont été fondées par les émissaires de mon beau-père, le Rabbi, Nassi de notre génération, en particulier une yéchiva « Tom’hei Tmimim Loubavitch » et bien d’autres institutions dans l’esprit de la Torah. En outre, on y écrit et imprime des livres de Torah, dans le domaine talmudique comme dans celui de la ‘Hassidout, et cela ne fait que se développer.

Les forces de « retourner » la France.

Nous avons dit plus haut que la dispersion progressive du peuple juif dans le monde au fil des générations permit d’accentuer le raffinement du monde. Il en est de même en ce qui concerne le travail de nos Rebbeim dans la diffusion du Judaïsme et des sources de la ‘Hassidout qui s’est amplifié au fil des années jusqu’à procurer la force nécessaire pour pouvoir raffiner l’endroit le plus bas : la France. Cette transmission de forces se fit par le vécu propre des Rebbeïm : dans les premiers temps, ceux-ci ne quittaient pas la Russie, leur pays de résidence. Puis, par la suite, ils en sortirent de plus en plus fréquemment. En ce qui concerne leurs voyages en France, il est connu que le Rabbi Maharach (Rabbi Chmouel de Loubavitch) voyagea en France à plusieurs reprises et y influença des Juifs à revenir à leur foi. Son fils, le Rabbi Rachab (Rabbi Chalom Dov Ber de Loubavitch) y séjourna de façon prolongée à plusieurs reprises. C’est en France, à Menton, qu’il édifia la structure de son célèbre «Hemchekh 5672» (Suite de Maamarim – 1912) et qu’il en écrivit une partie. Cependant, la partie la plus importante fut celle du Rabbi (précédent, Ndt) qui, non seulement se trouva en France de nombreuses fois et y prononça même des enseignements de la ‘Hassidout, mais y envoya également des émissaires de sa famille (le Rabbi et la Rabbanit, Ndt) qui y restèrent pendant huit ans. Il y fonda la Yéchiva Tom’hei Tmimim et d’autres institutions de diffusion de la Torah et des Mitsvot. Les grandes réussites que l’on voit en France aujourd’hui dans le domaine de la diffusion de la Torah sont le dévoilement concret des forces qu’il a investies dans cet endroit dans les années précédentes. (La Rabbanit Haya Mouchka, de mémoire bénie, dit un jour à l’une des émissaires en France «Nous avons labouré et semé ; à vous de récolter.»)

Les forces de l’Essence.

Il est fait allusion à ceci dans le nom hébraïque de la France, « Tsarfat » :

1. « Tsarfat » est lié avec le mot « Tsirouf », « purification », comme il est écrit au sujet de la Délivrance « Beaucoup seront triés,
épurés et passés au creuset (« yitsarfou ») » (Daniel, 12, 10), car celle-ci vient à travers le raffinement du monde. En outre, le nom « Tsarfat » présente une allusion à la Délivrance par le fait que le mot a pour valeur numérique le nombre 770 qui est la plénitude du chiffre sept, tel qu’il est inclus de dix et tel qu’il est inclus de cent, ce qui exprime qu’à travers le raffinement de ce pays sera effectué le raffinement du monde entier qui fut créé en sept jours.

2. « 770 » est aussi le numéro de la maison du Nassi de notre génération, de laquelle la lumière sort pour éclairer le monde entier. Cela fait allusion au deuxième niveau évoqué plus haut, du fait que la France elle-même a été transformée en lieu saint, non un lieu qui ne fait que recevoir la sainteté d’un autre endroit, mais bien comme la source elle-même, le «770». Et cela est accentué par le fait que l’on utilise les coutumes locales (qui dans le passé étaient apparues comme des obstacles à la sainteté) pour le service divin. L’explication à cela est la suivante : La raison pour laquelle «l’être créé» a le sentiment d’exister « de par lui-même » est que sa source est l’Essence divine qui « existe par Soi-même et n’est pas engendrée par une quelconque cause qui l’aurait précédée » (Maïmonide). Ainsi, notre monde matériel est à première vue extrêmement éloigné du divin, car Celui-ci n’y est pas perceptible comme dans les mondes supérieurs. En effet, le monde matériel en soi n’est qu’un voile qui
empêche de percevoir la lumière divine qui s’y trouve, au point où les créatures ressentent qu’elles existent par ellesmêmes et ne ressentent pas la force divine qui les porte à l’existence. Cependant, la ‘Hassidout révèle que la raison profonde à cela est que c’est précisément l’Essence Divine qui crée ce monde matériel et qui est l’Essence de la créature. Celle-ci ressent donc ce qui correspond à sa source véritable. Ainsi en est-il des lieux : lorsque l’on révèle la qualité qui existe en chaque endroit en en faisant un lieu de diffusion de la Torah, on dévoile que son essence, sa nature profonde, est le divin. Ceci permet d’ajouter à la compréhension du fait que le raffinement du monde dépend de celui de la France : en plus du fait qu’elle cristallise les forces les plus négatives et que son raffinement propre marque la plénitude du raffinement du monde, le raffinement de la France (« 770 ») fait allusion à la force par laquelle on peut provoquer le dévoilement de l’Essence divine dans le monde.

« La Marseillaise » est à nous.

Et pour rendre la tâche encore plus facile au Juif, on lui montre du Ciel un phénomène prodigieux qui exprime la grande révolution qui a eu lieu ces derniers temps en France: L’hymne national français représente le pays. On sait, d’autre part, que chaque pays possède un ange patron, un « sar », qui est lié avec l’hymne national. Or, il y a quelques années, les ‘Hassidim ont commencé à chanter cet air avec les mots de la prière du Chabbat « Haadéret véhaémouna le’haï olamim » et, peu de temps après, le gouvernement introduisit un changement dans la façon de le chanter. La raison en est que lorsque l’ange de la France a vu en haut que ce chant était passé dans le camp de la sainteté, cela a occasionné ici-bas un changement dans le chant.

Diffuser les miracles.

La nécessité d’évoquer ces sujets, par delà l’expression de reconnaissance envers Dieu, est de faire «Pirsoumei Nissa», de faire connaître les miracles de Dieu, carl’avènement messianique dépend de cela. Nous devons donc tous faire connaître les miracles que Dieu fait pour nous, en ayant conscience que cela est lié avec la Délivrance messianique. En particulier au moment de ‘Hanouka, dans lesquels il convient d’organiser chaque jour des réunions ‘hassidique, Farbrenguens, dans lesquels on dira des paroles de Torah, dans les domaines du Talmud et de la ‘Hassidout, et surtout de « Pirsoumei Nissa ». Puisse Dieu vouloir que le raffinement et le retournement de la France – avec la perfection du raffinement du monde entier – amène immédiatement la réalisation de la prophétie « Et les exilés de cette légion d’Enfants d’Israël,… jusqu’à Tsarfat …possèderont les villes du Sud. Et des libérateurs monteront sur la montagne de Sion pour se faire les justiciers de la montagne de Essav et la royauté appartiendra à l’Éternel » lors de la véritable et complète Délivrance, «Tu as percé («paratsta» qui s’écrit avec les mêmes lettres que «Tsarfat») une sortie » (Genèse 38, 29),
« il s’agit de Machiah, comme il est dit ‘Devant eux marche celui qui perce’ (Michée 2,13)».